Dolos list

List of predatory, parasitic, or pseudoscientific publishers and journals

Because Science does not need lack of rigor and seriousness, we do not need them ...

The Dolos list is here for you, researchers, journalists, or readers of the general public. It has an informative character and is at your disposal if you still doubt a journal or publisher who is not listed.

The predatory publishing sector is harmful to the researchers that it scams, to the journalists that it deludes, and to the general public that it misinforms. It is dangerous for public health, sometimes promoting dubious practices and toxic products that it will present as innocuous or curative. Science and people would suffer greatly from its expansion.

Glyphosate, le produit qui tue autant les plantes que la Science

English version available here

 

Je suis physicien, je ne vais donc pas pouvoir avoir un point de vue nouveau sur la toxicité du glyphosate. Ce n'est pas mon travail. En revanche, ma conscience scientifique m'impose de vous écrire au sujet de la dangerosité du glyphosate pour la Science. En effet, la récente controverse provoquée par le reportage d'Envoyé Spécial a révélé un problème qui est, selon moi, le pire que la Science ait pu rencontrer depuis le milieu du siècle dernier : Son utilisation frauduleuse par les lobbies.

Quelle était la situation avant ce reportage ?

En fait, n'en déplaise à Monsanto, cela fait bien longtemps que la communauté scientifique ne croit plus en sa littérature.

 

Plus récemment, en 2016, le Center for Public Integrity, a décrit la Critical Reviews in Toxicology par le doux qualificatif "brokers of junk science". En effet, dans leur article, ils accusent la revue d'avoir permis à Monsanto de publier ce qui les arrangeait, sans se soucier des concepts d'éthique et de rigueur scientifique, du processus d'examen par les pairs, ou encore de la santé publique. Ces publications "scientifiques" avaient pour but d'influencer les autorités sanitaires et les législateurs dans leurs décisions.

Ensuite, la revue a été retirée de l'index de Taylor & Francis, son éditeur, tout en continuant de servir les intérêts des multinationales, sans se confronter aux critiques potentielles de la communauté scientifique. Parce que, pour un éditeur comme T&F, il est difficile d'assumer qu'on se vend volontiers à celui qui paye le mieux. Et puis, peut-on leur en vouloir ? C'est vrai que la rigueur scientifique ça ne nourrit pas, ce n'est pas rentable. Alors que la fraude ... Mais bon, vous commencez à me connaître, je ne suis pas quelqu'un de particulièrement tolérant envers ce genre de pratiques. J'ai donc publié un dossier mettant en évidence les liens entre des entreprises telles que Total et BP et cet éditeur, ainsi que les risques en matière de communication scientifique et de santé publique, après avoir ajouté Taylor & Francis à ma liste d'éditeurs prédateurs, la Dolos list.

Cela a définitivement clôturé la situation de cette revue pseudoscientifique, qui aura passé des années à permettre à des lobbies de diffuser de fausses informations : La Critical Reviews in Toxicology n'est pas une revue sérieuse.

Puis, Madame Lucet a sorti un nouveau reportage, que vous trouverez ici :

https://www.france.tv/actualites-et-societe/magazines-d-actu/860147-glyphosate-comment-s-en-sortir.html

Et ce reportage était bien nécessaire, tant ces publications pseudoscientifiques peuvent avoir un impact sur la santé publique, notamment lorsque les autorités sanitaires n'hésitent pas à plagier l'argumentaire de Monsanto pour rendre leurs conclusions. Vous trouvez cela stupéfiant ? Attendez de lire la suite ...

Et après le reportage ?

Envoyé Spécial a ensuite été accusé de diffuser de fausses informations. En effet, après avoir mis en lumière les différentes fraudes scientifiques de Monsanto et la toxicité potentielle du glyphosate, l'émission a été la cible de vives critiques, notamment en matière de rigueur scientifique. Un petit exemple :

 

https://www.contrepoints.org/2019/01/20/335099-envoye-special-traitement-malhonnete-glyphosate

 

Vous êtes surpris qu'un institut de recherche condamne ce reportage ? Je l'étais aussi, jusqu'à ce que je me rende compte que l'IREF n'était en fait pas un véritable institut de recherche, mais plutôt une organisation politique (et encore, je dis ça parce qu'il faut bien leur donner un qualificatif) publiant régulièrement de fausses informations scientifiques. Quand on commence à évoquer un article d'un faux institut de recherche pour critiquer le manque de rigueur scientifique d'un reportage, ça commence à devenir curieux. Et quand c'est aussi curieux, ça finit généralement sur la Dolos list.

Le reportage d'Envoyé Spécial s'est pourtant articulé autour des conclusions de l'OMS, d'avis de spécialistes, et de révélations relatives aux "Monsanto papers". Envoyé Spécial a par ailleurs publié une réponse aux critiques qui ont visé son reportage. Mais que s'est il donc passé pour que la réponse d'internet soit si importante ? La réponse est encore plus folle que le reste :

https://www.lemonde.fr/planete/article/2019/01/31/glyphosate-comment-monsanto-mene-sa-guerre-mediatique_5417218_3244.html

Ce que révèle ici le journal Le Monde, c'est une opération, baptisée "Let nothing go" ("Ne rien laisser passer") menée par Monsanto pour discréditer tout argument contraire à ses intérêts. Cela va de la critique massive sur internet aux campagnes de diffamation sur les personnes lésant leurs intérêts. Cela vous rappelle-t-il quelque chose ? Tout à fait ! Les pratiques de Monsanto sont les mêmes que celles des éditeurs prédateurs et des revues pseudoscientifiques qui ont tenté de discréditer tous ceux qui ont pu se mettre entre eux et leurs proies.

Et en conclusion ?

Si le glyphosate n'avait pas été dangereux, Monsanto n'aurait pas eu à écarter les chercheurs qu'ils avaient tenté d'engager et qui se sont finalement montrés trop honnêtes pour accepter de défendre le glyphosate.

Si le glyphosate n'avait pas été dangereux, l'OMS n'aurait pas décidé de le classer comme cancérigène probable.

Si le glyphosate n'avait pas été dangereux, Monsanto n'aurait pas eu à user de méthodes frauduleuses pour le prouver.

Si le gyphosate n'avait pas été dangereux, Monsanto n'aurait pas fourni des articles pseudoscientifiques pour les opposer à des études scientifiques de qualité.

Si le glyphosate n'avait pas été dangereux, Monsanto n'aurait pas eu à employer des pratiques déshonnorantes, telles que les attaques publiques, pour le soutenir.

Si le glyphosate n'avait pas été dangereux, l'AAAS n'aurait jamais envisagé de récompenser le Docteur Channa Jayasumana, auteur d'une étude ayant dénoncé les dégâts causés par le glyphosate sur la santé d'habitants du Sri Lanka, pour sa responsabilité scientifique dans son combat contre le glyphosate. Leur rétractation va d'ailleurs bien dans le sens de la polémique actuellement vécue et n'est pas surprenante, au regard de ce que les lobbies ont déjà été capables de faire pour utiliser les institutions scientifiques à des fins financières. D'autant que l'excuse "des gens m'ont dit que ..." n'a jamais été un argument digne d'une institution aussi prestigieuse que l'AAAS ... Fournissez les avis précis de nos chers collègues inquiets, des références, et un argumentaire recevable. Pour l'heure, ce revirement est incompréhensible.

Enfin, si le glyphosate n'avait pas été dangereux, Dewayne Johnson n'aurait pas développé de cancer dû à ses expositions au glyphosate, n'aurait pas été le premier à faire condamner Monsanto devant un tribunal pour cela, et ne serait pas sur le point de mourir.

Alors, très estimée entreprise Monsanto, quand vous vous faites prendre à mettre en danger les populations, insulter la raison, et utiliser frauduleusement la Science (parce que c'est bien ce que vous faites pour remplir vos objectifs financiers), comportez vous de manière descente et assumez vos erreurs. Mais il y a peu à espérer d'une entreprise qui a fait son affaire de l'empoisonnement et de la mort ... Sincèrement, vous étiez plus honnête lorsque vous fournissiez l'armée américaine en agent orange. Là au moins vous reconnaissiez la toxicité de vos produits et la dangerosité de votre existence.

Note importante : Au lendemain de la publication de cet article dans sa version française, j'ai appris la publication récente d'un papier dans une revue Elsevier

https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S1383574218300887#fig0010

Conclusion : le glyphosate est bien cancérigène. Débat clôturé.

Bien cordialement,
 

Professeur Alexandre GEORGES.

 

 

Article publié en Février 2019.