Dolos list

List of predatory, parasitic, or pseudoscientific publishers and journals

Because Science does not need lack of rigor and seriousness, we do not need them ...

The Dolos list is here for you, researchers, journalists, or readers of the general public. It has an informative character and is at your disposal if you still doubt a journal or publisher who is not listed.

The predatory publishing sector is harmful to the researchers that it scams, to the journalists that it deludes, and to the general public that it misinforms. It is dangerous for public health, sometimes promoting dubious practices and toxic products that it will present as innocuous or curative. Science and people would suffer greatly from its expansion.

Ce qui arrive lorsque les pseudosciences gagnent un Etat ...

English version available soon

La Dolos list a déjà traité le cas de Taylor & Francis, mais le T&F File vient de nous prouver qu"il était une source illimitée de surprises. Qu'une entreprise comme Monsanto utilise l'édition pseudoscientifique pour défendre un de ses produits, c'est malhonnête mais ça reste assez peu surprenant. Et, si un Etat investissait de l'argent public pour soutenir une information pseudoscientifique au sein d'une revue prédatrice, le tout au profit de sociétés industrielles, ce serait déjà plus surprenant, non ? Et si je vous disais que ce pays, européen, est pourtant dirigé par une scientifique, ce ne serait toujours pas une surprise ? Eh bien suivez moi en Allemagne ...

Contexte

L'Allemagne abandonne son nucléaire. Ouais, c'est assez simple, dit comme ça, mais ça entraîne un problème de taille : Par quoi on le remplace ? Là, toute une série de choix s'offrent à vous : Charbon, lignite, pétrole, gaz, énergie renouvelable, ... Bon, le choix a été fait assez rapidement. Le charbon et le lignite se sont assez rapidement invités. Il y a eu, certes, un effort fait dans les énergies renouvelables, mais c'est assez maigre, en comparaison du secteur des énergies fossiles. D'autant que "renouvelable" ne signifie "non polluant". Par exemple, si on extrait du gaz de la biomasse, ça peut paraître écologique et "naturel" parce que ça revient à produire de l'électricité avec de l'engrais, mais on crame quand même du gaz en cours de route, alors que la priorité c'est bien de réduire nos émissions de gaz à effet de serre, pas de contenter des militants mal renseignés. Le secteur de l'énergie en Allemagne semble donc ne pas répondre aux enjeux écologiques actuels.

 

Pour rappel : Il est communément admis au sein de la communauté scientifique qu'on va tout droit vers notre disparition, entraînant dans notre chute une si grande part du vivant qu'on se situe aujourd'hui dans l'une des plus grandes extinctions de masse de l'histoire de la planète. Donc la priorité, c'est bien de sauver le Monde, pas de contenter un électorat ou de se conforter dans ses idées reçues.

Quel rapport avec la Dolos list ?

 

Eh bien, si votre gouvernement veut abandonner le nucléaire pour contenter des électeurs "écologistes", vous avez réglé une partie du problème en transformant du gaz issu de déchets en énergie électrique. Il suffit juste de mettre dans les données officielles que c'est vert et on en parle plus. Mais les ouvriers ? Ah oui, c'est vrai que c'est pas la meilleure des choses pour la santé de respirer l'air du mine. Oui parce que, dans une mine et aux alentours, vous inhalez des vapeurs de diesel en quantités industrielles (machinerie, émanations, pollution de l'air, cancer, tout ça ...). Alors il ne vous reste qu'une chose à faire : Il vous faut produire des études "scientifiques" démontrant que les vapeurs de diesel ne sont pas mauvaises pour la santé. Voici donc un exemple de ce que la Bundesanstalt für Arbeitsschutz und Arbeitsmedizin (Institut fédéral de la sécurité et de la santé au travail) a pu faire paraître :

https://www.tandfonline.com/doi/full/10.1080/10408444.2016.1266598

Disponible ici au cas où vous souhaiteriez le télécharger. Bien sûr, le gouvernement allemand n'est pas le seul à avoir prétendu que le diesel n'était pas dangereux (ou que rien ne le prouve), comme vous pourrez le voir ici :

https://www.tandfonline.com/action/doSearch?AllField=diesel&SeriesKey=itxc20&content=standard&countTerms=true&target=default&startPage=0&pageSize=10

De nombreuses entreprises ont fait de même. Or, les vapeurs de diesel sont bien dangereuses. Scientifiquement, c'est communément admis, et même les agences de régulation et d'évaluation des risques sanitaires l'assument pleinement. C'est un cancérigène certain. Pourquoi insister alors ?

D'autant que le gouvernement allemand a, pour produire cette étude pseudoscientifique, utilisé des fonds publics. L'article lui-même a été publié en open access, il s'agit donc d'une publication qui a été payante pour l'institution qui l'a soumise à la revue. Alors, vu que je ne suis pas Allemand et qu'il est possible que ce soit tout à fait acceptable pour la population allemande de laisser son gouvernement produire de fausses informations en utilisant des fonds publics, j'ai demandé à un Allemand si ça le dérangeait (c'est un ami et il parle français). Sa réponse : "Bien sûr que non ! Si c'est vrai c'est terrible !". Bon, alors, puisque c'est vrai, j'ai écrit une lettre au service qui a publié ce papier. J'avoue que j'ai perdu espoir d'obtenir un jour une réponse, dans la mesure où ça fait déjà presque trois mois.

Et après ?

 

Après la surprise et l'attente, vient maintenant le bilan : Le gouvernement allemand a manifestement produit des informations pseudoscientifiques pour expliquer que ses mineurs, dans leurs mines fraîchement réouvertes, ne risquent pas de tomber gravement (mortellement) malades en inhalant des vapeurs de diesel. Abandonner le nucléaire en condamnant l'Allemagne à revoir à la hausse ses émissions de CO2, c'est un choix politique. Laisser un Etat, dont la chancelière est une scientifique, se faire gagner par les pseudosciences dans l'intérêt d'un secteur de l'industrie et pour s'assurer que rien ne contredira ledit choix politique, c'est une déception. Mais c'est assez révélateur de l'époque qui s'annonce et l'Allemagne n'est pas la seule concernée.

Alexandre GEORGES.

 

 

Article publié le 23 Décembre 2019.