Dolos list

List of predatory, parasitic, or pseudoscientific publishers and journals

Because Science does not need lack of rigor and seriousness, we do not need them ...

The Dolos list is here for you, researchers, journalists, or readers of the general public. It has an informative character and is at your disposal if you still doubt a journal or publisher who is not listed.

The predatory publishing sector is harmful to the researchers that it scams, to the journalists that it deludes, and to the general public that it misinforms. It is dangerous for public health, sometimes promoting dubious practices and toxic products that it will present as innocuous or curative. Science and people would suffer greatly from its expansion.

La Science n'est pas une affaire d'opinion

English version available here

La Dolos list a déjà mentionné plusieurs journaux douteux comme Nexus ou Initiative Citoyenne pour la diffusion de leur contenu pseudoscientifique. Aujourd'hui, c'est le journal français l'Opinion qui est ajouté. L'accompagne dans cet ajout le collectif NoFakeScience dans la catégorie des organisations faisant la promotion d'informations pseudoscientifiques.

Pourquoi cet ajout ?

Les articles de l'Opinion concernant les produits phytosanitaires, étaient déjà à l'information scientifique ce que la Critical Reviews in Toxicology est à la publication scientifique. Il s'agissait de défendre le glyphosate, au prix de la rigueur scientifique. Mais il ne s'agissait que d'un journal, pas d'une revue scientifique. Lesdits articles n'ont donc pas immédiatement conduit à leur ajout à la Dolos list.

Je vous invite à les lire, notamment ceux apparus après le reportage d'Envoyé Spécial de Janvier 2019 (et à vous renseigner sur les conflits d'intérêts qui les entourent).

Cependant, il y a quelques jours, une tribune a été publiée :

https://www.lopinion.fr/edition/politique/science-ne-saurait-avoir-parti-pris-l-appel-250-scientifiques-aux-192812

Le journal Le Monde a déjà publié à ce sujet un article revenant, point par point, sur les "évidences relatives" de la tribune :

https://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2019/07/26/les-evidences-relatives-de-la-tribune-de-no-fake-science-sur-l-information-scientifique_5493749_4355770.html

Celle-ci est à l'initiative du collectif NoFakeScience, sur lequel nous reviendrons plus tard. Elle présente et contredit un certain nombre d'idées reçues concernant le nucléaire, les OGM, l'homéopathie, ... Jusque là, tout va bien. Mais la tribune a tout de même parlé du glyphosate, en ces termes :

"Soyons clairs : l’état de nos connaissances ne saurait être un supermarché dans lequel on pourrait ne choisir que ce qui nous convient et laisser en rayon ce qui contredit nos opinions. Il existe en effet des consensus scientifiques sur des sujets aussi divers que :

- Aux expositions professionnelles et alimentaires courantes, les différentes instances chargées d’évaluer le risque lié à l’usage de glyphosate considèrent comme improbable qu’il présente un risque cancérigène pour l’homme."

Tout d'abord, les instances en question, comme l'EFSA (dont une grande partie des experts y siégeant est directement issue de l'industrie), ne représentent pas le consensus scientifique. Ensuite, s'il s'est établi un consensus scientifique, c'est sur sa dangerosité probable. Et enfin, la quasi totalité des papiers soutenant la non-dangerosité du glyphosate ont été publié dans des revues de très faible qualité, notamment la Critical Reviews in Toxicology.

 

Ici, Mesdames et Messieurs les signataires, vous jouez à être ce que vous appelez vous même des marchands de doute, en soutenant un propos hautement discutable pour le présenter tel un consensus scientifique. Ce qui établit le consensus scientifique, c'est la littérature scientifique dans son ensemble, produite par la communauté scientifique, et pas par l'industrie. Les méta-analyses (comme celle-ci) s'appuyant sur des études de qualité sont, pour s'en donner une idée, d'assez bons indicateurs. Les rapports des autorités publiques ne sont pas, dans ce domaine, toujours assez fiables (comme vu ici). Si au moins elles étaient toutes d'accord ... D'ailleurs, ici, le CIRC et l'OMS auraient contredit les signataires de cette tribune, ce qu'ils ne semblent pas mentionner. Ferait-on ici comme dans un supermarché ? Ce n'est pas ainsi que la recherche fonctionne. Le rapport d''une institution n'est pas systématiquement ce qu'il y a de plus fiable. La recherche est un effort collectif et le consensus qui peut parfois en ressortir se lit dans la littérature scientifique de qualité.

Revenons ensuite sur la manière dont sont présentés les signataires de la tribune en préambule :

"Le collectif NoFakeScience, qui regroupe une vingtaine de scientifiques et de spécialistes de la vulgarisation, s’alarme du traitement réservé à l’information scientifique dans les médias, souvent dévoyé. Il appelle à un sursaut et souligne l’existence de consensus scientifiques parfaitement établis sur certains sujets. Il est soutenu en cela par près de 230 autres grands noms de la recherche mondiale, qui ont signé cet appel."

Alors, premièrement, à moins que j'aie atterri sur une autre planète pendant la nuit, aucun grand nom de la recherche mondiale n'a cosigné cette tribune. Je suis vraiment navré. Ensuite, beaucoup de signataires ne sont simplement pas chercheurs, ni même enseignants ou pourvus de quelque formation scientifique. Certains le sont, mais quelques scientifiques ne sont pas la communauté scientifique et le besoin de les présenter comme des "grands noms de la recherche mondiale" n'est en fait pas très rassurant. 

Enfin, j'aimerais revenir sur un point : Le collectif NoFakeScience et le journal l'Opinion ont un autre point commun : Ils se présentent comme des défenseurs de la rigueur scientifique et sont, sur beaucoup d'autres sujets, assez rigoureux. Ils dénoncent l'homéopathie, tiennent un discours cohérent sur le nucléaire, etc ... Mais, au milieu de cette apparente volonté de donner plus de place au consensus scientifique, tous deux glissent ci et là des informations fausses au sujet du glyphosate, prétendant, comme pour le reste, qu'il s'agit de l'avis de la communauté scientifique, alors qu'ils ont simplement fait avec la littérature scientifique, eh bien, comme s'ils étaient dans un supermarché. C'est une stratégie trop courante pour qu'elle ne soit pas évoquée ici.

Et pour les signataires de la tribune ?

 

Souvent, les ajouts à la Dolos list pénalisent les revues, les journaux, ou les organismes ajoutés, mais aussi les chercheurs ou les étudiants qui publient auprès d'eux. J'aimerais exprimer deux choses qui me sont venues à l'esprit :

En premier lieu, les signataires de la tribune ne sont peut-être pas d'accord avec tous les propos défendus ou même la méthode employée pour les défendre. Il est possible que celle-ci soit l'objet d'une réflexion collective avec laquelle tous les signataires ne sont pas parfaitement alignés.

En second lieu, le préambule de la tribune, présentant les signataires, n'a peut-être pas été écrit par les signataires eux-mêmes, mais par le journal. Les fameux 230 autres signataires n'étaient peut-être pas au courant du fait qu'ils seraient présentés comme des "grands noms de la recherche mondiale".

Il est important de relativiser sur ces points et la Dolos list ne sanctionne pas les personnes, mais les entreprises et organisation faisant la promotion des pseudosciences. 

Et après ?

 

La tribune, incorrectement présentée comme l'appel de 250 éminents scientifiques, demande aux média à mieux traiter l'information scientifique, tout en glissant une pointe de pseudoscience difficilement acceptable. Pourquoi difficilement acceptable ? Parce qu'en prétextant défendre la rigueur scientifique, cette tribune se permet de diffuser de fausses informations, de semer le doute. Alors qu'en France nous avons une presse globalement sérieuse (pas parfaite, mais tout de même très sérieuse dans son ensemble), ce billet soutient que ce n'est pas le cas. Autrement dit : "Ne faites pas confiance aux média et croyez plutôt 250 personnes présentées comme des grands noms de la recherche mondiale, de préférence sans vérifier qu'ils le sont vraiment."

Oui, certaines informations fournies dans la tribune sont tout à fait exactes. Oui, il arrive que des erreurs soient commises même au sein de grands journaux. Oui, il arrive que la télévision, la presse, ou même la presse scientifique ajoutent du sensationnel aux résultats scientifiques. Mais non, il n'y a pas de consensus scientifique établissant le glyphosate comme un cancérigène improbable. Non, les média français ne sont pas de grands vecteurs d'informations pseudoscientifiques. Et non, on ne peut pas citer Pasteur et jouer, dans le même temps, au marchand de doute.

Par expérience (si courte soit elle, du haut de mes 22 ans), je pense que si quelqu'un explique que les média mentent et qu'il est nécessaire de le croire parce qu'il serait un éminent spécialiste de la question qu'il veut aborder, c'est assez suspect pour se renseigner un minimum. Le consensus scientifique ne s'établit que dans la littérature scientifique de qualité, pas dans une tribune, tout simplement parce que la Science n'est pas une affaire d'opinion, mais l'étude des faits.

Pour l'heure, je pense que cet article n'aura pas un impact particulièrement dramatique pour l'Opinion. A l'exception des chercheurs qui se servent de la Dolos list et des universités qui l'utilisent ou se sont "abonnées" à sa base de données, cet article ne touchera pas grand monde. Mais il sera peut-être utile aux prochains qui seront tentés de cosigner une tribune de ce genre, avec ce collectif, au sein de ce journal, ou d'autres qui seront prochainement ajoutés à la Dolos list.

Bien cordialement,
 

Alexandre GEORGES.

 

 

Article publié le 13 Août 2019.