Dolos list

List of predatory, parasitic, or pseudoscientific publishers and journals

Because Science does not need lack of rigor and seriousness, we do not need them ...

The Dolos list is here for you, researchers, journalists, or readers of the general public. It has an informative character and is at your disposal if you still doubt a journal or publisher who is not listed.

The predatory publishing sector is harmful to the researchers that it scams, to the journalists that it deludes, and to the general public that it misinforms. It is dangerous for public health, sometimes promoting dubious practices and toxic products that it will present as innocuous or curative. Science and people would suffer greatly from its expansion.

Taylor & Francis : Pseudoscientifique et criminel ... Probablement l'éditeur "scientifique" le plus frauduleux de tous !

 

English version available on this page ...

Tout d'abord, je dois préciser que ce mode de diffusion du T&F File n'était pas mon premier choix. J'avais opté pour une méthode plus lente, mais plus sûre pour moi. La réception de courriers électroniques inquiétants, contenant des information très personnelles, m'a cependant poussé à accélérer la publication du dossier, par mesure de sécurité. Il s'agit là de menaces très différentes de celles dont je parle dans l'article rapportant les pressions que peuvent exercer les éditeurs prédateurs et je ne peux pas, cette fois ci, les ignorer. Etant donné le registre employé dans ledit message de menace, il est peu probable qu'un employé de Taylor & Francis en soit l'auteur.

Lorsque j'ai décidé de mettre en ligne la Dolos list sur mon site internet, une nouvelle liste référençant un certain nombre de revues pseudo-scientifiques et d’éditeurs prédateurs, je ne pensais pas que je me retrouverais en possession d'un tel dossier. Le monde de l'édition prédatrice était déjà assez particulier. Pour plus d’informations, vous pouvez consulter quelques liens qui vous intéresseront sûrement :

 

https://www.bloomberg.com/news/features/2017-08-29/medical-journals-have-a-fake-news-problem

 

https://www.nature.com/news/predatory-journals-recruit-fake-editor-1.21662

 

https://www.nature.com/articles/d41586-018-06048-2

 

https://en.wikipedia.org/wiki/Predatory_open-access_publishing

 

Jusqu’ici, ces journaux étaient référencés sur la Beall’s List, que Jeffrey Beall a décidé de supprimer pour des raisons tout à fait compréhensibles. La mise en place d’une telle liste était pourtant une initiative remarquablement courageuse à l’époque et absolument nécessaire. Sa liste a été ensuite anonymement rediffusée mais était peu mise à jour et consultée. C’est dans ce contexte que s’inscrit la Dolos list, qui enregistre les revues et éditeurs qui mettent en place un examen par les pairs des articles publiés de qualité discutable ou encore inexistant, dans le but de générer du profit. Parce que dans les revues en open access, c’est à l’auteur de payer, et non au lecteur, il a été très vite tentant pour des groupes jusqu’ici réputés sérieux de diminuer leurs critères en matière de rigueur scientifique. Des listes blanches existent bien, mais – pour ne citer que celle-ci – les whitelists comme celle de la DOAJ sont financées par des éditeurs, comme Frontiers, qui ont un examen par les pairs douteux et qui se révèlent être prédateurs, ou par des entreprises dont les pratiques s’en rapprochent. Vous trouverez plus d'informations à ce sujet dans l'article dédié au cas de la DOAJ.

 

En établissant cette liste, j’ai laissé la possibilité à la communauté scientifique de participer en soumettant anonymement des propositions que mon équipe étudierait. J’ai alors reçu celle d’un chercheur me proposant d’ajouter Dove Press. Je me suis aperçu que cet éditeur prédateur appartenait à Taylor & Francis (autre lien ici). C’était indiqué en gris clair sur du blanc en bas de la page de Dove Press. Cela m’a surpris, car si cet éditeur a mauvaise réputation, Taylor & Francis en a une excellente. Je me suis donc renseigné et ai pu confirmer que Dove Press et T&F appartiennent tous deux à la même entreprise, Informa, dont le revenu s’élevait à 1,758 milliard de livres sterling en 2017. Je me suis donc intéressé à Informa et T&F en vue d’un ajout et me suis aperçu sur leur page Wikipédia que T&F avait déjà publié des papiers douteux dans une de leurs revues, la Critical Reviews in Toxicology. J’ai donc cherché si la revue existait encore dans la liste de leurs revues, disponible sur leur site, et si elle continuait à publier des articles suspects. Elle était introuvable dans cette liste. J’ai alors pensé que la revue avait été supprimée, dans le but de préserver la réputation de l’éditeur scientifique T&F. C’était un signe positif, mais j’ai tout de même décidé d’inclure T&F, Dove Press, et Informa à ma blacklist, les règles de la Dolos list sanctionnant les publications dangereuses dans le domaine médical et indiquant qu’un comportement non éthique était reprochable à un éditeur s’il s’était déroulé dans les 6 années précédant son examen.

 

Après avoir inséré T&F à la Dolis list, mon équipe a reçu un message d’un biochimiste que je connais - et qui désire garder l’anonymat, accompagné de liens de téléchargement et de liens vers le site d’une revue appartenant à T&F, toujours en activité mais non indexée sur leur site : la Critical Reviews in Toxicology. J’ai pris ce message au sérieux et ai demandé à mon équipe d’éplucher tous les articles de la revue depuis 2016 (date à laquelle elle était censée avoir cessé ces publications douteuses). Les résultats sont terrifiants. Il s’agit d’études financées par des multinationales et destinées à démontrer que certains produits commercialisés ou commercialisables ne présentent pas de risque avéré pour l’être humain. Ces produits étant communément admis comme des produits hautement dangereux, toxiques, ou cancérigènes, nous avons été surpris d’apprendre que certains de ces produits et procédés industriels n’étaient interdits en tant que tel presque nulle part en Europe ou qu’il y a des décennies que certains de ces produits, soutenus par les articles de la revue, sont connus pour être particulièrement dangereux ou pour servir à la conception et la fabrication d’armes chimiques, au Moyen-Orient notamment.

 

Les groupes finançant ces études sont mentionnés en fin d’article, avant les références. Ces mentions sont censées indiquer d’éventuels conflits d’intérêts. Les multinationales les plus connues, comme Total et BP, utilisent des groupements dont ils sont membres afin de financer ces études pseudoscientifiques, comme le SIRC pour Total, Asphalt pour BP et Exon, ou encore l’American Chemistry Council (ACC, que vous connaissez sans doute). D’autres s’affichent clairement, comme Cabot, Colgate-Palmolyve, ou Dow.

 

Pour vous aider à y voir plus clair, n’hésitez pas à télécharger le T&F File dans son intégralité, en utilisant le lien fourni en annexe du présent dossier. Le fichier « Companies » classe certains exemples d’articles intégralement disponibles en fonction des groupes qui les financent. Tous les articles de cette revue de ces trois dernières années sont également disponibles dans les sections « Content » et sont triées par année, puis par issue (par édition d’un volume). La section « General » contient des informations sur la revue et l’éditeur, notamment le comité de rédaction, dont au moins un membre apparaît travailler pour un groupe privé. Les « screenshots » présentent des éléments douteux sur les sites ou des informations que nous avons décidé de garder dans le cas où ces groupes tenteraient de les supprimer de leurs sites respectifs, notamment les modalités d’accès à certains articles (comme des tarifs à la journée). Vous pouvez en attendant consulter directement les sites des organismes mentionnés ou les liens fournis.

 

Si je devais faire court, je dirais que c’est la plus grosse affaire de conflits d’intérêts dans le domaine scientifique qu’il m’ait été donné de constater. Mais je ne vais pas faire court, parce que les questions désormais soulevées sont bien plus importantes et sont justifiées par l’impressionnante organisation de cette revue.

 

Comme je l’ai dit précédemment, T&F a très bonne réputation. Il se placerait sans problème aux côté de Springer Nature, Elsevier, De Gruyter Open, Wiley, ou encore l’Institue of Physics. Pourtant, ils publient ces papiers. Pourquoi la communauté scientifique ne perd pas confiance en cet éditeur ? Parce qu’ils n’indexent plus cette revue sur leur site. A moins de connaître son nom et de savoir qu’elle existe encore – ce que le site ne semble pas indiquer, il est difficile de la trouver. Ses articles ne sont pas (ou très rarement) cités dans d’autres articles en références. En fait, elle n’est pas destinée à la communauté scientifique, ni même à la presse ou au grand public. La revue en question n’étant pas indexée sur le site de l'éditeur, elle n’est pas nécessairement envoyée aux universités abonnées aux revues l’éditeur et n’est accessible que si on la cherche précisément. T&F préserve donc sa réputation tout en continuant à publier ce genre de papiers sur sa revue, qui hérite ainsi de la réputation de T&F sans la compromettre.

 

Mais à qui peut-elle profiter ? Depuis la publication de la Beall’s list et l’explosion des critiques du secteur de l’édition scientifique sur internet, il devient difficile pour les multinationales (groupes pétrochimiques, biochimiques, et pharmaceutiques en tête de liste) de passer par des éditeurs communément admis comme prédateurs pour justifier du maintien d’un produit sur le marché ou de sa commercialisation. Il fallait donc avoir une revue réputée, mais qui n’ait pas d’examen par les pairs fiable et incorruptible. C’est délicat. Il fallait donc un éditeur réputé fiable, qui publie une revue pseudo-scientifique sans que la communauté scientifique ne puisse avoir l’occasion de la critiquer (afin qu’elle reste fiable), mais qui puisse être accessible si on en connaît le nom et qui puisse publier des études (impossibles à publier dans une revue sérieuse) dans leur intérêt. C’est à ces besoins que répond la Critical Reviews in Toxicology. C’est un mécanisme extrêmement bien pensé.

 

Alors à qui est-ce destiné ? Avec cette revue, les lobbyistes tels que l’ACC et ses congénères peuvent présenter des études, qui vont bien sûr dans leur sens, à nos législateurs. Elles sont issues d’une revue possédée par T&F, un éditeur fiable … Pourquoi en douteraient-ils, lorsque ces études pseudo-scientifiques font face à des études de faible importance financière, commandées par des ONG, ou des papiers de biochimistes dont même les conclusions sont tout bonnement incompréhensibles pour un lecteur non averti ? Un député n’aurait pas la formation requise pour avoir un avis objectif sur la question et il ne pourrait se fier qu’à la réputation des revues et de leur examen par les pairs.

 

Tandis que beaucoup de chercheurs crient sur l’excès de rigueur de l’édition scientifique légitime (parfois à raison), je tiens à rappeler que sans l'examen par les pairs, nos publications n'auraient pas plus de valeur scientifique qu'un tweet. Une sérieuse revue par les pairs est nécessaire si l'on ne veut pas que des articles de qualité côtoient des papiers dont l'objectif est de diffuser de fausses informations, parfois dangereuses pour la santé publique.

 

Parce cela va bien au-delà de la conservation du sérieux que l’on connaît à la Science et de la défense du concept de méthode scientifique. Dans l’affaire que je vous ai exposé, l’édition scientifique légitime sert d’outil à des multinationales afin de dissimuler la mortelle dangerosité de certains produits, dans le but de sauver leurs milliers de milliards (si on fait les comptes, entre l’ACC et les autres, on est bien dans cet ordre de grandeur) de dollars de revenus et protéger leurs investissements dangereux, non seulement pour notre environnement, mais aussi pour la santé et la vie des populations.

 

J'espère que la presse, au regard des éléments accablants qui ont déjà été transmis, va s’intéresser à ce cas. Si cela n’est pas fait et que ces actes ne sont pas dévoilés, je crains que les intérêts en jeu ne l’emportent toujours sur la santé publique, la vérité, et la Justice. Parce que, oui, ces faits se caractérisent pénalement, dans la mesure où les groupes et l’éditeur n’ont pas fait qu’ignorer des données scientifiques, mais ont délibérément fabriqué et diffusé, de manière clairement préméditée, de fausses informations scientifiques dans le but de préserver ou faire accroître leurs bénéfices déjà considérables, le tout compromettant la santé publique et mettant en danger – parfois de mort – les populations. Mais s’ils sont privés de ce moyen de justifier la commercialisation de ces produits, la mise en œuvre de ces procédés industriels, et l’exploitation de ces ressources, les populations pourraient très rapidement ne plus cautionner ces pratiques.

 

Enfin, dans cette affaire, je ne pense pas que j’aurai pour intérêt ou même pour volonté de me cacher derrière l’anonymat. Ce sont eux les criminels.

 

Professeur Alexandre GEORGES,

Physicien Théoricien.

Annexe - T&F File

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Article publié en octobre 2018.